I- La représentation des femmes rousses au XIXème siècle

                • Mythes et Origines
 La représentation de la femme rousse au XIXème tire ses origines de toutes sortes de mythes. Coupable du péché originel et réduite à la représentation de tentatrice dénuée d'âme, la "créature du diable", belle ou laide, a depuis l'Antiquité cristallisé tous les anathèmes. 
 
          On trouve d'abord parmi ces mythes celui des Danaïdes, remontant à la mythologie grecque :
Le roi Bélos, qui régnait en Haute-Egypte, eut avec sa femme Anchinoé trois enfants : Aegyptos et Danaos (jumeaus), et Céphée. Aegyptos hérita du royaume d'Arabie, mais conquit également le pays des Mélampodes, et lui donna son nom, Egypte. Il eut cinquante fils de différentes mères. Son frère Danaos, qui avait été envoyé pour gouverner la Libye, eut quant à lui cinquante filles appelées les Danaïdes, nées également de différentes mères. A la mort de Bélos, les jumeaux se querellèrent sur leur héritage et , dans un geste de conciliation, et afin d'éviter des guerres de succession, Aegyptos proposa un mariage général entre les cinquante princes et les cinquante princesses. Danaos, soupçonnant un complot, n'y consentit pas plus que ses filles, trouvant que ce mariage avec leurs cousins était incestueux.
De plus, après la révélation d'un oracle annonçant que ses neveux allaient tuer ses filles après les noces, il décide de s'enfuir avec elles et parvient jusqu'à Argos, où il devient roi avec l'appui d'Athéna. Les fils d'Aegyptos se rendent néanmoins jusqu'à lui, sur l'ordre de leur père, et finissent par le convaincre de leur donner ses filles en mariage. Mais pendant les fêtes du mariage, craignant toujours que se réalise la prédiction de l'oracle, Danaos distribua en secret des dagues à ses filles. Elles devaient les cacher dans leurs cheveux et, à minuit, chacune d'elles poignarderait son mari en plein coeur. Toutes exécutèrent le souhait de leur père sauf Hypermnestre.
Son mari revint et tua tous les coupables (Danaos, de même que ses 49 autres filles). Malgré ces tragédies, Lyncée et Hypermnestre règnent sur Argos et ils "vécurent heureux"! Les quarante neuf soeurs, fautives, furent condamnées à remplir aux Enfers (dans le Tartare plus précisement) des tonneaux criblés de trous dont l'eau s'échappe encore et toujours. Et bien entendu ces 49 femmes indignes étaient rousses...!
          Puis, le mythe de Seth, surnommé aissu "LE DIABLE ROUX" a également contribué à la considération négative des femmes rousses jusqu'au XIXème siècle. Seth, divinité de la mythologie égyptienne, fut l'un des dieux les plus controversés. Les mythes relatifs à Seth le dépeignent comme un dieu ambitieux, comploteur, violent, manipulateur, quand il ne se résume pas tout simplement à un assassin. Il est donc tout à fait normal qu'il ait été roux, dans cette civilisation qui considérait cette pigmentation détestable.
Il est le fils de Geb et de Nout mais également le frère de d'Osiris, d'Isis et de Nephtys, il reçut les terres stériles du désert tandis que Osiris son frère hérita des zones fertiles du delta. Il fut considéré dans l'Ancienne Egypte comme la personnification du mal et de la violence. Il est souvent représenté avec une queue fourchue et une tête d'animal non-identifié ( au museau allongé et aux oreilles dressées terminées en carré) semblable à un sanglier, quand il ne prend pas tout simplement une forme entièrement animale de ce dernier. Il appartient à de plusieurs légendes dont celle qui suit :
Jaloux de son frère qui règne sur l'Egypte, Seth imagine un stratagème pour s'en débarrasser. Il organise une fête et promet un splendide sarcophage à celui dont la taille conviendrait. En réalité, il a été fabriqué aux mesures d'Osiris. Lorsque ce dernier s'allonge dans le cercueil, Seth le referme aussitôt et le jette dans les eaux du Nil. Mais Isis, soeur et épouse d'Osiris, retrouve son époux et le dissimule sous des papyrus. Quand Seth retrouve la cadavre, furieux, il le découpe en plusieurs morceaux qu'il éparpille aux quatre coins de l'Egypte.
Toutefois, Isis, obstinée, réussit à rassembler les morceaux et reconstitue le coprs de son mari en le momifiant. c'est ainsi qu'Osiris reprend vie et qu'ils donneront naissance à Horus, dieu-faucon.
Devenu grand, Horus affronte Seth et, victorieux, devient roi d'Egypte alors que Seth devra, quant à lui, se résoudre à régner sur le désert. Or, " désert" an arabe se dit "dashre", signifiant " terre rouge". C'est ainsi que dans l'Egypte antique, la chevelure rousse est le symbole du feu infernal, du feu de la terre et du feu d'ci bas qui consume les hommes, à l'image d'un dieude l'anormal, du trouble et du désordre.
           Dans les traditions gréco-romaines et la mythologie grecque, la chevelure rousse était aussi déjà mal vue.
Il n'est donc pas surprenant de la "retrouver" sur la tête de Typhon.
Il est le fils de Gaïa (la terre) et de Tartare.
C'est une divinité primitive malfaisante, il est souvent représenté comme un ouragan destructeur ou comme un monstre cracheur de flamme avec cent têtes de serpents pour doigts et était si gigantesque que son crâne touchait aux étoiles! il aussi decrit comme un être monstrueux, ennemi des dieux et particulièrement de zeus.
Il est aussi associé, en tant que père aux monstres Cerbère, la Chimère, le lion de Némée...
Pour calmer sa fureure; Diodore de Sicile, historien grec du Ier siècle avant notre ère, raconte comment "autrefois" on lui sacrifiait des hommes roux (lègende qui est probablement venue de l'Egypte ancienne, où Seth recevait au dire de Plutarque des sacrifices d'êtres humains aux cheveux roux).
          On retrouve aussi Esaü, fils aîné d'Isaac et Rebecca.
Rentrant de chasse affamé il cédat son droit d'aînesse à son frère Jacob pour un plat de lentilles.
Jacob réussit par la ruse à le frustrer de la dernière bénédiction de son père : comme Esaü était très velu, il se couvrit d'une peau de bête et, se présentant à la place de son frère, trompa ainsi Isaac, qui était aveugle. Il chercha plus tard à se venger mais finit par se réconcilier avec son frère. Esaü fut surnommé Edom (qui en hébreu veut dire rouge, roux).
                    
          Suite au myhte de Seth, grand nombre de roux furent persécutés. On en a une preuve dans L'esprit des Lois de Montesquieu quand, dans le chapitre " de l'esclavage des nègres", il s'exprime à ce propos : " on peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains".
          Ainsi, d'après ces mythes, on peut comprendre les mesures prises pas Louis IX.
En effet en 1254, une ordonnance du roi Saint-Louis fait obligation aux prostituées de se teindre les cheveux en roux, pour bien se distinguer des femmes "respectables" de la société de l'époque. La couleur n'est évidemment pas anodine puisqu'elle représente le feu de l'Enfer et des forces débridées.

les Danaïdes



              • Influence de l'Eglise dans cette réputation
La religion catholique a contribué à altérer une image déjà bien ternie par maints us et moeurs.
Tout d'abord, Marie-Madeleine était rousse. C'est un fait avéré. Même si des doutes subsistent quant à la relation qu'elle entretenait avec Jésus, les théologiens sont tout de même accordés pour dire qu'il y en avait une, charnelle ou pas.
          Marie-Madeleine, qui était le premier et l'unique témoin de la Résurrection de Jésus selon Jean et Marc, mais aussi chargée d'annoncer aux apôtres cette résurrection par le Christ lui-même, disparait brusquement du Nouveau Testament avec la fin des évangiles. Les Actes des Apôtres ne la nomment pas une seule fois et font même de Pierre le premier témoin des apparitions de Jésus après sa résurrection. La mise à l'écart de la Sainte par le pouvoir ecclésiastique dominant est ainsi manifeste jusqu'au Moyen-Age.
Cela peut paraître surprenant si l'on considère qu'en annonçant la Résurrection u Christ aux apôtres, et par extension au monde, Marie-madeleine fonde, d'une certaine manière, le christianisme.
          De plus, détail étonnant, elle a souvent été, en art sacré, représentée avec les cheveux longs et dénoués comme les prostituées de Palestine.
Puis, enfin, il faut distinguer Marie-Madeleine, délivrée du démon par Jésus d'après Luc puis témoin de sa résurrection, de la prostituée qui arrose les pieds du Christ de ses larmes avant de les essuyer avec ses cheveux, et de Marie, qui verse sur la tête du Cjrist un parfum onéreux. Néannmoins, le pape Grégoire le Grand déclarera au VIème que ces trois femmes ne font véritablement qu'une.
          C'est alors le premier exemple d'une image pervertie par l'Eglise. L'explication serait que la femme est une pécheresse potentielle, un être dont la sensualité (parfum et chevelure de Marie-madeleine) est un piège pour l'homme. Marie-Madeleine aurait été alors doublement discriminée, par sa nature de cheveux et en tant que femme. Il faudra attendre le VIIIème siècle pour que le culte de Marie-Madeleine se développe en Occident.
          Puis, la flamboyante chevelure des rousses aurait permis à l'Eglise d'effectuer un parallèle avec la couleur du feu, associée depuis toujours aux forces démoniaques. La période de menstruation des femmes et la couleur du sang ont fait également des femmes rousses et des femmes en général des êtres impurs.
La femme rousse représenterait donc la tentation et l'impureté. Ces qualificatifs remontent à la théorie de la création du monde et d'une femme antérieure à Eve, dont la chevelure était rousse.
          En effet, selon de nombreuses sources, Lilith serait la première femme d' Adam, et créée à partir de la même terre que lui, au sixième jour de la Création. De l'union d' Adam et de Lilith et d'un autre démon sont issus Asmodée et toute une race de démons.
          En comparant la Genèse I et II, on s'aperçoit qu'il y a des divergences, donnant lieu à ces présomptions. Le nom même de Lilith semble dériver de l'assyro-babylonien "lilitu" signifiant "démon femelle".
          Insoumise et rebelle, Lilith est aussi un personnage anti-maternel et indépendant puisque, selon la légende, elle accepte le sacrifice journalier de cent de ses enfants pour conserver son libre-arbitre. Elle refuse l'ordre établi par les hommes et par Dieu, en fuyant le jardin d'Eden.
          Mais la puissance de l'Eglise dans la considération des femmes rousses s'est traduite concrètement par l'Inquisition.
L'Inquisition était une juridiction spécialisée (tribunal), créée par l'Eglise catholique romaine vers 1199 par le pape Innocent III. Relevant du  droit canonique, ce tribunal était chargé d' émettre un jugement sur le caractère ecclésiastique des cas qui lui étaient soumis. Cependant, la subjectivité de ces jugements s'est très rapidement étendue dans la lutte contre les hérésies. Le tribunal devait alors détecter les crimes contre la foi, la religion, la morale ou l'ordre public. Il luttait également contre les pratiques de sorcellerie, la possession, le trafic de vente et lecture d'oeuvres hérétiques, sataniques, immorales, impudiques, subversives...
En 1611, Jacques Fontaine, conseiller du Roi et médecin, publie un ouvrage traitant de la réelle possession du Diable sur les hommes et les marques de sorciers. Or, les taches de rousseurs ou éphélides étaient également une marque des sorciers. Ainsi, parce qu'on les soupçonnaient de commercer avec le Diable, près de 20 000 femmes rousses moururent aux bûchers.
 

Marie Madeleine

 

                 • Causes de la persistance des préjugés
L'histoire est peuplée de mythes et de légendes dans lesquels nous évoluons, et en lesquels nous croyons parce qu'on nous a dit qu'il fallait y croire, alors que nous n'en avons jamais eu la certitude.
Ainsi, les superstitions nous dictent-sans aucun fondement, d'ailleurs- des actes à accomplir : fuir les femmes rousses en font partie. Voici comment "fonctionnent les esprits" du XIXème siècle. A diverses reprises dans le cours de l'histoire, les rousses ont joué ce rôle. En Occident, la couleur "carotte" est l'interdit ultime, le tabou absolu car associé à Satan.
          De plus, on peut observer quelles voies Seth, Typhon et Esaü ouvrirent dans l'inconscient collectif. Ces mythes y eurent un tel écho que, curieusement, l'intérêt dépassa même le cadre des vrais roux, et la rousseur fut attribuée par la suite, en signe d'opprobre et de déshonneur, à ceux dont on voulait fustiger la violence, la jalousie ou la fourberie.
          On retrouve aussi cette idée dans une étude menée par linda Caporael, psychologue du comportement, à l'institut Polytechnique Reensselaer de New-York. Elle s'est intéressée aux similitudes entre les symptômes (à l'origine de la tragique histoire des sorcières de Salem) et ceux de malades ayant absorbé les spores d'un parasite qui infecte les grains de sigles: l'ergot. Ce champignon est, en fait, bien connu en Europe sous le nom de LSD.
C'est donc sans doute le LSD qui est responsable de la vague d'exécutions de sorcières qui a eu lieu en Europe eu XVIème siècle. La carte géographique des exécutions s'accorde parfaitement avec celles des régions cultivant le seigle et les conditions climatiques de l'époque, idéales pour le développement de l'ergot. Toutes ces malheureuses, que l'on crurent possédées par le démon, s'étaient donc rendues malades par ce champignon hallucinogène. Il reste à expliquer pourquoi la quasi-totalité des malades furent des femmes et pourquoi, parmi elles, une forte majorité était composée de rousses; même si une partie de la réponse tient dans l'implication de l'Eglise dans l'image des femmes, et des femmes rousses en particulier.
          De plus, une autre rumeur peut s'ajouter, à partir du XVIème puis persistant jusqu'au XXème : l'idée que la femme rousse était une mauvaise nourrice à cause de son lait. Elle fut d'ailleurs comparée à une vache en furie, car cette femme, être au sang chaud, à la transpiration abondante, renommée pour son ardeur sexuelle, ne pouvait avoir qu'un lait trop chaud. D'où la réputation très ancienne d'exécrable nourrice qui lui colla à la peau, répétée avec une constance remarquable par les médecins, du XVI au XXème siècle «sa transpiration est une odeur forte et son lait est très séreux quoique abondant». Si Marfant, plus rationaliste, pense que la couleur des cheveux des nourrices importe peu, il ajoute toutefois que "les femmes rousses ne doivent être acceptées sue lorsque l'on a constaté que leur transpiration n'exhale pas une forte odeur". C'est pour cette raison que les mères préfèrent choisir une vache du même âge que leur enfant pour que le lait soit mieux adapté et surtout pour mieux surveiller la bête nourricière. Les médecins ne se privant pas de répéter que «quand c'était pour le bébé on disait toujours d'avertir si la vache était en furie, si la cache était pour le taureau parce qu'alors le lait était tourné, parce que le sang est en révolution», la réputation des femmes rousses se répandait ainsi à travers la société.
          La singularité fut toujours le sujet de nombreuses moqueries au sein de la société, les femmes rousses figurant parmi ces rejetés. Mais pourquoi ce statut persiste-t-il encore au XIXème siècle ?
La femmes rousse fut toujours l'objet de railleries, du fait de sa singularité et de sa différence.
Elle fut souvent montrée du doigt pour sa couleur de cheveux, son odeur, "sa laideur", ses liens possibles avec le diable, mais aussi parce qu'on ne retrouve qu'une minorité seulement de femmes à la crinière rousse dans le monde, parmi tant d'autres brunes ou blondes.
Des concepts anciens contribuent également à fournir une explication, quant aux préjugés qui les ont si longtemps discriminées : l'opposition platonicienne entre les principes du bien et du mal et leur confusion avec ceux de la beauté et de la laideur. Il faut dire que sur ce plan là, la littérature n'a fait qu'ancrer ce statut dans les esprits avec la hantise universelle de la marginalité. La rousseur devient alors une fatalité à laquelle il est impossible d'échapper : "la rousse, même vertueuse, deviendra une demi-mondaine ou une putain" (la nana de Zola et l'Yvette de Maupassant).
          La société étant très attachée aux superstitions et aux mythes antérieurs, il est compréhensible que la réputation négative des rousses ait persisté jusqu'à cette date.

 

 

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